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INTERVIEW EXCLUSIVE de Ny Rado Rafalimanana, PDG d’Axius Holding Madagascar et d’afro Arab Corporation ce 10 février 2015

Ny rado rafalimanana interview madaplus 2RLH : Bonjour Monsieur Ny Rado Rafalimanana, au vu de la réputation sulfureuse que vous traînez derrière vous, notre rencontre a pour but de mieux vous connaître et de vous faire connaître réellement.
Nous évoquerons ainsi vos responsabilités au sein de vos « Holding », Axius Holding Madagascar et de l’Afro Arab Corporation où vous êtes associé avec le Cheikh d’Abu Dhabi

NRR : Bonjour madame Rajaoarisoa, nous n’empêcherons jamais les gens de médire, j’espère par cette rencontre vous éclairer et par la même occasion faire part de mes réelles intentions auprès de vos lecteurs et par- delà à l’ensemble du peuple malagasy.

RLH : Pardonnez-moi cette entrée en matière un peu abrupte, qui êtes-vous monsieur NRR, on sait que vous avez été un candidat refusé aux élections présidentielles de 2013, paraît-il que vous avez l’intention de vendre l’eau de Mananara Nord aux Emirats Arabes Unis ? Mais qui est réellement monsieur NRR ?

NRR : Je me présente NRR. J’ai créé en 2007 la New Generation of Malagasy Businessmen qui joue le rôle d’interface pour les opérateurs malagasy dans plusieurs secteurs pour les contrats internationaux. Je suis PDG d’Axius Hoding Madagascar qui emploie plus de 500 salariés.

Par extension, à partir de 2008, Axius Holding Madagascar, à la suite des diverses récompenses de 2009 a reçu une proposition de joint-venture du Cheikh d’Abu Dhabi pour créer l’Afro Arab Corporation, plateforme qui œuvre en Afrique et aux Emirats. Je suis associé avec le Cheikh d’Abu Dhabi. Lui se charge de l’OPEP et moi des gros investissements dans les secteurs suivants : BTP, IT Business informatique et IT Business solution. J’ai également créé une association qui œuvre dans l’humanitaire « Ny Fanahy maha olona », une nouvelle forme basée sur l’entraide et plus uniquement sur le don.

Quant à ma candidature aux élections présidentielles, elle a été refusée dans la mesure où j’ai été déclaré non-résident à Madagascar. Je suis partagé entre Dubaï et Madagascar.

Pour ce qui est des intentions qu’on m’attribue de vendre de l’eau aux Emirats, il y a une confusion entre l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis. Cette proposition incluait l’Arabie Saoudite et non les Emirats Arabes Unis. Et l’Arabie Saoudite n’est pas les Emirats. Il s’agit de deux entités concurrentes. Je suis associé avec les Emirats, pays plus tournés vers le business, (Je fais du business et je n'ai pas l'intention d'islamiser Madagascar) contrairement à l’Arabie Saoudite tournée vers la religion. Et je me suis même opposé à cette vente.

Cette vente, si à une époque était une opportunité pour Madagascar, elle n’est plus d’actualité car les Australiens ont vendu une machine perfectionnée à l’Arabie Saoudite qui dessale l’eau de mer. C’est l’Arabie Saoudite maintenant qui revend de l’eau.

RLH : Vous avez été primé deux fois la même année ? N’est-ce pas une consécration internationale ?

NRR : Effectivement, en juin 2009, lors de l’Agribusiness forum Africa 2009 où j’ai été «speaker», j’ai été sacré "Meilleur Young AgriBusinessman Africa 2009" et en novembre 2009, j’ai reçu l'International Star Award Quality GENEVA 2009 (le prix ISAQ or). Nous étions 3 nominés, Jean Ravelonarivo avec Jiji Group, Mr Raoul DG de la Cnaps- Madagascar et moi-même NRR pour Axius Holding Madagascar.

RLH : En quoi consistent ces prix prestigieux ?

NRR : C’est la reconnaissance des efforts faits à Madagascar pour une nouvelle forme de développement socio-économique, surtout dans les zones défavorisées afin de créer de nouveaux emplois, mais également sur le travail qui a été effectué avec le concours de la Banque Mondiale sur l’informatisation alphanumérique du foncier à Antananarivo de 1900 à 2007.

C’est une reconnaissance de la valeur, de la qualité du travail effectué, une reconnaissance internationale dédiée au peuple malagasy.

RLH : Quels sont vos projets actuels ? Vous avez été sacré meilleur businessman et maintenant, vous ajoutez un arc à vos compétences, l’humanitaire. Pour quelles raisons ?

NRR : Comme vous, votre engagement et votre mobilisation pour Haruna, j’ai découvert sur FB les photos montrant la détresse de mon peuple. Ma réussite professionnelle ne m’empêche pas d’avoir un cœur qui se préoccupe également de mes compatriotes. J’en ai parlé à mon associé, le Cheikh d’Abu Dhabi, qui par le biais de sa fondation, m’a permis d’affréter un avion pour venir au secours des sinistrés de Haruna.

RLH : Il me semble que vous avez eu des problèmes sur cette action ?

NRR : Mon avion a fait l’objet d’un Notam si je n’acceptais pas de décharger mes dons sur Antananarivo. J’ai décidé de renvoyer l’avion à Dubaï lorsque finalement j’ai eu l’autorisation d’atterrir et les dons ont pu être remis aux sinistrés.

RLH : Pour Chedza, qu’allez-vous faire ?

NRR : J’ai déjà commencé. J’ai demandé au BNGRC (Bureau National de Gestion des Risques et Catastrophes) la liste des besoins pour voir dans quelle mesure on peut venir en aide aux sinistrés. Il s’agit plus d’apporter une solution pérenne aux sinistrés. Les aides ponctuelles sont nécessaires certes, mais mon objectif est d’agir pour une durabilité dans le temps. J’ai remis deux stations mobiles de purification d’eau accompagnées de 2 motopompes facile à manipuler et une centaine de couvertures aux sinistrés. D’autres pompes suivront lorsqu’une bonne gestion de l’aide sera constatée.

RLH : En parlant de solution durable, avez-vous un projet de société pour Madagascar au travers de vos entreprises ? Je prends ici le mot «entreprises» au sens large, au travers de vos actions, non seulement en tant que PDG de grosses structures, mais aussi dans vos investissements humanitaires ?

NRR : Je vais commencer par mes engagements humanitaires et vous parler de «ny Fanahy Maha Olona». Ny FMO. J’ai fondé cette association dans le but d’apporter une nouvelle vision pour le développement de Madagascar à travers un état d'esprit fondé sur le principe du soatoavina malagasy Ny Fanahy Maha Olona, de reconstruire Madagascar en mettant en avant l'esprit d'unité. La devise de l'association Ny Fanahy Maha Olona est : "Maka lesona ny omaly, hanatsarana ny anio, hampandrosoana ny ampitso", qui veut dire littéralement : Tirer les leçons du passé, pour améliorer le présent et développer l'avenir.

RLH : Qui sont les membres de votre association ?

NRR : L'association regroupe actuellement des malagasy du monde entier et de tous les horizons. Tous les membres de l'association n'ont qu'une seule vocation, "Ensemble, penser Madagascar". Ils se mobilisent pour sortir Madagascar de sa profonde détresse matérielle et intellectuelle.

Car les populations malgaches les plus vulnérables ont autant besoin de nourriture que d’instruction.

Pour cela, il faut avant tout changer la manière de voir les choses. Nous Diaspora, avons un rôle à jouer. A nous tous de tirer nos compatriotes vers le haut. A nous de prendre nos responsabilités pour bouger, tous nous devons sensibiliser les jeunes, reconquérir notre économie.

RLH : Comment pensez-vous procéder pour reconquérir notre économie ?

Pour cela, nous devons créer des chaînes de valeur, des filières et développer ces filières par région. Madagascar compte 28 régions économiques contre 22 régions administratives. Chaque région développe une filière et chaque filière sera interdépendante de l’autre. Nous possédons le meilleur cacao du monde et nous ne produisons que 7500 T contre 1,2 million de T pour le Cameroun. Pour atteindre cet objectif, nous devons mettre en œuvre un plan d’actions stratégiques basées sur les PPP. Pour nous malagasy on y inclut un quatrième P, la population. Ce qui donne Partenariat Privé- Public- Population.

RLH : N’est-ce pas l’orientation internationale et la base des nouvelles relations tant dans les rapports Nord-Sud que Sud-Sud ?

NRR : Effectivement, pour se développer, un pays a besoin d’infrastructures. Le Public ne peut pas à lui seul financer de tels investissements. L’implication du secteur privé est nécessaire, mais également de la population.

RLH : Ce n’est ni plus ni moins qu’une sorte de politique de grands travaux à appliquer à Madagascar ?

Il s’agit d’un plan de reconstruction et de redressement adapté à la situation de Madagascar en pleine crise économique et sociale.

RLH : Comment mettre en œuvre une telle politique sur Madagascar ?

NRR : Madagascar occupe une place stratégique sur l’autoroute des bateaux mais ne dispose pas d’infrastructures conséquentes et «Dubaï Ports World», (DPW, après le rachat de P&O en 2006 est actuellement le n°1 mondial en matière d’infrastructures portuaires) présente un projet de free zone. Il s’agit de la construction de plusieurs ports sur Antananarivo (aéroport et port sec), Diégo, Nosy Be, Tamatave et Fort-Dauphin. DPW utilise une tactique stratégique de réduction du temps de réalisation.

RLH : Qui va financer ces travaux ?

NRR : Nous avons évoqué les partenariats win-win, Partenariat Privé-Public-Population. Outre les investisseurs étrangers, il est nécessaire que des malagasy soient partie prenante à tout projet d’investissement sur Madagascar. Actuellement, notre économie est à 98% entre les mains des étrangers. Il est plus que nécessaire d’inverser ou du moins d’équilibrer la tendance.

RLH : N’est-ce pas utopique vue la pauvreté actuelle des malagasy ?

C’est là que la Diaspora a aussi son rôle à jouer dans la mesure où elle peut participer par le biais d’un système de financement mutuel pour une action concrète.

RLH : Concrètement, qu’est- ce que ça représente ?

NRR : je vais donner un exemple concret pour illustrer. Pour une politique de grands travaux, les bailleurs financent à 51%, la part restante ne peut être financée que par les entreprises et à la société civile. Si la réfection de la route s’élève à 10 000 0000 d’euros Seuls 51 % sont pris en charge par les bailleurs, soit 5 100 000 euros. Il restera 4 900 000 euros à la charge des entreprises et de la société civile. Madagascar ne compte pas moins de 850 000 membres de la diaspora dans le monde. Si chaque membre investit 1 euro, l’investissement de la Diaspora s’élèvera à 850 000 euros Il restera à la charge des entreprises 4 050 000 euros . Madagascar compte 220 entreprises. Si chaque entreprise investit à parts égales, elles doivent mettre chacune environ à peu près 20 000 euros ce qui ne représente rien pour les entreprises. Public 5100 000 Privé 4 900 000 => population 850 000 (1 euro X 850 000) diaspora => entreprises 4 050 000/ 220 = 18410 Total 10 000 000 Vous avez là l’illustration des PPPP Partenariat Privé- public – population

RLH : Après cette démonstration chiffrée, permettez-moi de revenir un peu sur l’épisode de Cachan qui a défrayé la chronique et qui a fait l’objet de beaucoup de commentaires sur les réseaux sociaux. Selon les rumeurs, vous aurez laissé une ardoise de 2800 euros pour l’organisation d’une réception en l’honneur des jeunes du kick boxing à Cachan ?

NRR : Il y a un énorme malentendu à ce sujet. J’ai remis 500 euros de don pour les jeunes qui n’avaient rien alors que je prenais le train pour le Sud. Pour moi, s’ils voulaient fêter cela ensemble, 500 euros étaient largement suffisants pour acheter à boire et pour des amuse-bouche. Il s’est avéré que les personnes de ny FMO à qui j’avais confié la tâche ont été écartées de l’organisation et comme des personnalités devaient se déplacer pour y assister, le montant de la réception dépassait largement les 500 que j’avais donnés. On m’a sommé de régler 2800 euros, prix de la réception avec champagne et petits fours. Il n’a jamais été question en ce qui me concerne de payer plus que les 500 euros, une vidéo prise à ce moment-là peut en témoigner.

RLH : Pour le développement socio-économique,quand est-ce qu’on commence ? Par où commencer ?

NRR : Il est temps pour nous d’entrer dans l’ère de l’entrepreunariat responsable, gagner de l’argent avec son business tout en faisant profiter les autres.

Madagascar compte 70% de population rurale, et Madagascar dispose de 18 millions d’ha arables disponibles. Il convient de mettre en place un projet de mécanisation agricole, sur la base des PPPP, sur la base de coopératives, de procéder à l’achat de tracteurs et de les attribuer aux coopératives, mais en en confiant la gestion du planning à un manager expert en la matière.

La population rurale est non seulement propriétaire, mais travaille et reçoit la contrepartie de sa participation. De grandes zones industrielles agricoles ZIA seront ainsi créées si chaque propriétaire loue son champ mais y travaille également.

RLH : le mot de la fin Ny Rado Rafalimanana

NRR : Pour que Madagascar puisse avancer, il faut avant tout que les 2 mondes, compatriotes sur place et Diaspora se rencontrent. Chacun a sa place dans le développement du pays, l’un par sa connaissance du terrain, par sa maîtrise de la réalité, l’autre par son ouverture d’esprit, ses finances, sa technologie. On doit tenir compte de cette parité «Tondra-droa». Izay tafita dia manohana.

«Maka lesona ny omaly, hanatsarana ny anio, hampandrosoana ny ampitso»

Madaplus | Lala Haingo Rajaoarisoa | 10.02.2015