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Andoniaina Andriamiandrisoa : « Le développement doit commencer à la base, selon le principe du Fokonolona »

Andoniaina andriamiandrisoaQui n'espère pas voir son pays s'envoler vers une croissance économique, sans pour autant revenir en arrière? Andoniaina Andriamiandrisoa, jeune chef de projet, propose l'agriculture et le développement rural comme atouts majeurs pour Madagascar

Pourquoi avez-vous choisi de vivre au Japon, puisque vous aviez le choix entre l’Europe et l’Amérique?

J'ai obtenu une bourse d'études du gouvernement japonais en 2009. Puis, avant de venir au Japon, j'ai tout le temps travaillé avec des Japonais à Madagascar. J'avais donc déjà un attachement particulier avec ce pays et sa culturen C'est ce qui m'a sûrement amené à choisir le Japon, plus tôt que l'Europe ou les USA. En plus, l'Asie est un tout autre horizon pour nous les Malgachesn La plupart des jeunes de notre époque choisissent, en effet, l'Europe ou les États-Unis, alors pourquoi ne pas tenter l'Asie qui est, je dirais, un terrain presque neutre. Quand j'ai fini mes études en 2012, la situation du pays ne nous permettait pas encore de rentrer tout de suite. Mais nous reviendrons bien au pays le moment opportun.

Quelle a été votre première impression en débarquant au pays du Soleil Levant?

J'ai tout de suite été fasciné par la propreté et la sécurité qu’on y trouve. Ma première impression a été « si seulement mon pays pouvait être comme ça » (rires).

Par rapport au Japon, quelles sont les failles qui font obstacle au développement de notre pays?

Il y en a beaucoup, je crois. Le Japon est un pays qui a connu la guerre. Après la guerre, son peuple a été obligé de reconstruire le pays, de ses propres mains. À mon avis, cela a sûrement fait naître en lui l'amour de la patrie. Nous, nous avons été colonisés.
Après l'indépendance, nous nous sommes juste contentés d'hériter ce que les colons nous ont laissé, sans avoir à construire ni reconstruire quoi que ce soit .. C'est normal que des vandales surgissent partout chez nous. Ces choses n'existeront jamais au Japon. Nous n'avons pas cet esprit d'appropriation, l'amour de la patrie. Donc, je dirais que c'est nous-mêmes, le peuple, qui faisons obstacle à notre propre développement. Nous ne voulons pas changer, ou nous voulons changer mais en pire.

Depuis des années, votre famille et vous vivez au Japon où vous avez sûrement subi les tsunamis, les tremblements de terre qui attaquent … Quel engagement avait pris le gouvernement malgache lors de ces secousses?

Ah! le fameux tsunami. L'ambassade de Madagascar au Japon avait bien pris soin de nous tenir informer au jour le jour et de nous donner les mesures à prendre. On nous avait indiqués aussi que l'État était sur le point de nous préparer un avion spécial pour rapatrier ceux qui souhaitaient rentrer. Je crois même que ma famille et moi nous y étions inscrits. Mais au final, le problème de Fukushima semblait s'être calmé. La diaspora malgache s’est vraiment entraidée. Nous avions hébergé des amis qui fuyaient les risques de radiation à Tokyo ou à Nagoya.

À vous entendre, le Fihavanana malagasy est plus apparent là où vous vivez. Eh oui! la solidarité et le Fihavanana malagasy priment toujours, même loin du pays. Les tremblements de terre font partie de la vie quotidienne ici au Japon (rires), mais comme la technologie japonaise est très avancée, les bâtiments sont construits justement pour supporter les secousses. Je dirais même que le Japon n'aurait plus peur du séismen Sa seule bête noire serait le tsunami.

Quelles sont les solutions les plus stratégiques, donc les plus efficientes, pour que le développement commence enfin (et sans revenir à la case départ) pour Madagascar?

Plus de 70% de la population malgache vit de l'agriculture. On ne peut vraiment pas parler de développement tant que les conditions de vie de ces paysans ne s’améliorent pas.Le marché constitue un atout majeur au développement agricole, dont l'accès est encore malheureusement limité pour nos paysans.
Plusieurs politiques, aussi bien nationales que continentales axent leurs stratégies sur l'ouverture de marché. Je cite, entre autres, le PDDAA ou CAADP en anglais (Programme détaillé de développement de l'agriculture africaine) dont Madagascar vient juste de signer le compact en juin, et dont le principe est d'allouer au moins 10% du budget de l'État au développement rural.
C'est une belle initiative car grâce notamment au PDDAA, six des dix pays qui se sont rapidement développés dans le monde, de 2001 à 2010, sont africains. À savoir l'Angola, la Guinée, le Nigeria l'Éthiopie, le Rwanda, et le Mozambique. Comme on dit, "ny soa fianatra", je dirais ainsi que l'alliance, autant avec les grandes puissances qu'avec les pays en voie de développement, serait plus que bénéfique pour notre pays.
Enfin, il ne faudrait pas oublier le principe du Fokonolona, car tout développement doit commencer à la base. Si on veut changer, on peut changer.

Tout récemment, le régime actuel a lancé une mise en garde sur la cybercriminalité et la liberté d'expression dans les médias. Selon vous, cet engagement serait-il une menace ou une opportunité pour Madagascar?

Bien que j'adhère au principe comme quoi il ne faut pas insulter les gens, que ce soit dans le monde virtuel ou ailleurs, j'ai peur que cette mesure ne serve encore que comme moyen de répression pour nos dirigeants.
Je ne crois pas que les Malgaches soient encore prêts à adopter ce genre de chose. À mon avis, il faudrait d'abord établir la vraie démocratie, éduquer les gens et respecter la liberté d'expression.

À part votre engagement dans le développement rural, vous vous activez aussi dans une organisation non gouvernementale nippo-malgache. Quelles actions avez-vous déjà entreprises?

Il s'agit d'une organisation fondée par Ivohasina Razafimahefa, qui se nomme « Namako Club ». Nous collectons des livres pour enfants, écrits et illustrés en langues japonaises. Puis, nous les traduisons en malgache pour les donner aux élèves des écoles défavorisées de Madagascar.
Nous comptons une dizaine de membres dans l'ONG. Jusqu'ici, les engagements que nous avons entrepris, priorisent l'éducation des enfants malgaches défavorisés, en vue de leur donner un avenir meilleur.

Andoniaina Andriamiandrasoa
Président de Ny Fanahy Maha Olona Japon
Source : lhebdomada | 25.08.14